| III - L'écrit numérique |
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En quelques années, notre société basée sur l’imprimé a basculé dans le monde de l’écrit numérique qui est caractérisé par la
rapidité des échanges, les possibilités de mises à jour et la liberté de production. Cependant, le numérique introduit une dépendance vis
à vis d'une machine ou d'un l'outil intermédiaire (CD-ROM, Web, ...) et génère de nouveaux comportements tant pour le producteur que pour
l'utilisateur de l'écrit. L'usage courant du couper/coller facilite et simplifie à tel point l'écriture que l'auteur peut ne plus avoir
réellement besoin de s'approprier le savoir qu'il diffuse [3-1]. A l'opposé, l'acte de lecture se voit complètement chahuté par les liens
hypertextes et la navigation virtuelle. N'étant plus guidé par la forme matérielle de l'objet et la linéarité des supports traditionnels,
le lecteur "d'hyperdocuments" peut suivre, à l'intérieur d'une oeuvre, un parcours de lecture complètement unique. Sur le Web,
l'hypertextualité oblige le lecteur à s'astreindre à une grande vigilance pour ne pas se perdre dans la multiplicité des offres qu'il
croise et être capable de structurer et construire un sens à son parcours de lecture [3-2]. |
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III. 1- Les caractéristiques de l'écrit numérique |
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On appelle texte numérique, un texte produit par un auteur et encodé par un ordinateur en
une suite de 0 et de 1. Sous cette forme ce texte est transmissible par différents moyens, stockable sur différents supports et
lisible après décodage à l'aide d'une machine. En effet, les écrits numériques reposent entièrement
leur existence sur l'utilisation d'une machine à la fois comme interface avec l'auteur et avec le lecteur. Ce point est très important
pour l'analyse des évolutions de l'écrit. La tradition orale n'a besoin d'aucun vecteur pour être transmise entre deux personnes,
simplement elle est subjective et déformable. L'écrit nécessite un support et un instrument pour sa production, sa lecture par contre ne
fait appel à aucune machine. Cependant, une fois inscrit sur un support (papier ou autre), cet écrit présente un caractère définitif, il
est figé [3-3]. |
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Contrairement à l'imprimé figé sur le papier au moment de sa publication, l’écrit numérique est
malléable et immatériel. Il permet aisément les modifications et se trouve ainsi toujours dans un état potentiellement
provisoire. En un sens, il perd de sa stabilité. Mais en même temps, à chaque instant, il est susceptible de devenir définitif parce qu'il
peut être facilement imprimé. Il présente ainsi un caractère interactif très fort tant avec l'auteur qu'avec le lecteur. |
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L’interactivité est, en effet, une des composantes essentielle de l’écriture numérique. Elle se positionne sur deux
niveaux : |
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Une interactivité de "structure" appelée hypertexte qui permet de
relier différents textes par des liens dans ou hors de toute structure linéaire ou hiérarchique ; |
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Une interactivité de "surface" appelée hypermédia qui permet de
juxtaposer dans un même document des données de différentes natures sémiotiques : texte, son, image et vidéo. |
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L'écrit sur une feuille de papier ou sur un écran d’ordinateur n'est donc pas du tout de même nature. Dès son origine,
l'écrit hypertextuel est segmenté en noeuds d'information autonomes que le lecteur doit être capable de reconstituer. Cet écrit,
dé-contextualisé et fragmenté, offre au lecteur une multiplicité et une liberté dans ses parcours, ses déplacements n'étant plus limités
par la linéarité du texte matérialisée par un début et une fin. Dès lors, chaque mot devient virtuellement le lieu d’un nœud qui va
permettre au lecteur d’enchaîner avec une nouvelle fenêtre de texte. Le passage d’une information à une autre, ou d'une idée à une autre,
obéit alors au désir et aux associations mentales du lecteur plutôt qu’à un découpage conceptuel imposé par l'auteur. |
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L’avènement de l’écrit hypertextuel encourage les individus à affirmer leur différence. On savait déjà que deux personnes
qui avaient lu le même livre pouvaient ne pas en avoir fait une lecture identique. Désormais, elles n’auront probablement
pas lu le même livre ! |
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Il en résulte que sous forme numérique, un document perd sa vocation d’être lu in extenso. Grâce à "l’écriture
hypertextuelle", on ne lit même plus rapidement, on déroule, on survole, on explore, on surfe, on cherche, on zappe, on circule et on
se perd dans un feuilleté de fenêtres et de pages... On s'active également à ouvrir et à fermer, à écouter et à revenir et même parfois
déboguer. On est bien loin de la lecture reposante et apaisante d'un beau livre. |
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Par ailleurs, le numérique ouvre également de nouvelles voies pour les documents. Il autorise
l'enregistrement, le stockage et la transmission de plusieurs types de données : texte, image
fixe ou animée et son sur un même support. La combinaison et juxtaposition de ces différentes données est à l'origine de documents
multimédia. Seulement là encore, seule une machine équipée d'un écran et de hauts parleurs est capable de recombiner et donc de restituer
le document dans son intégralité. |
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En permettant au texte de s'émanciper du papier, l'ordinateur l'a doté de propriétés comme la fluidité, l'interactivité, la
connectivité ou l'indexation intégrale. Cependant l'écran d'ordinateur induit en retour des contraintes pour le lecteur. En effet, si
l’écran bouleverse les modes d’organisation, de structuration et de consultation des textes, lire sur un écran n'a rien à voir avec le fait
de lire dans un livre. Lire sur un écran, c'est vraiment lire dans un milieu technique. La posture
devant un ordinateur est bien moins confortable que celle dans un fauteuil, sur un lit ou sur la plage... et le calme mat et reposant du
papier n'a rien à envier à la lumière scintillante des écrans qui fatigue très rapidement le lecteur. |
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III. 2- Les effets de la dématérialisation de l'écrit |
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En s'immiscent progressivement dans notre société de communication, l'écrit numérique conduit à des modifications de
comportements et d'habitudes pour l'écriture et la lecture des textes mais génère également de nombreuses problématiques tant au niveau de
la pérennité des oeuvres et de leur archivage que de la signature électronique pour n'en citer que quelques unes. |
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III. 2. 1- Le stockage et l'archivage |
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Devant une production de documents numériques en constante progression, il se pose très vite l'incontournable question de
leur archivage face à des technologies en perpétuelle évolution. |
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La pérennité et l'exacte conservation de ces documents est un vrai problème. Être capable, après un temps plus ou moins long,
de retrouver intact un document électronique nécessite que soient réunies les conditions suivantes : |
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Stabilité, le document doit se présenter exactement avec la forme sous laquelle il a été produit, afin d'éviter
toute altération ou détérioration ; |
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Durabilité (sur des périodes longues quelques années et très longues) et qualité des supports physiques où sont
enregistrés les documents ; |
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Disponibilité et mode opératoire des appareils de lecture (nécessaire à la visualisation du document). |
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En effet, la loi de Moore se confirme, la puissance des ordinateurs (vitesse et mémoire) double tous les 18 mois et le
stockage des informations est déjà passé des disquettes aux CD (CD Audio à partir de 1982 et CD-ROM à partir de 1985) puis au DVD,
actuellement le DVD vidéo et bientôt le DVD-ROM. Le problème est d'assurer la compatibilité entre les anciens supports et le nouveau
matériel sinon il faudra à chaque changement de technologie transférer l'ensemble des données stockées pour ne pas perdre les informations.
C'est le grand défi que devra relever le numérique face au support papier. |
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Du point des livres, ce transfert du support papier vers des supports numériques, accompagné de tous les problèmes qu'il
engendre, oblige les bibliothèques à réfléchir sur le rôle qu'elles auront à jouer dans le futur. La technologie numérique redistribue les
points de repère du monde documentaire, basé depuis cinq siècles sur les valeurs essentielles de l'imprimerie : matérialité du support,
opposition manuscrit unique/imprimé multiple, séparation texte/image. |
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Dès les années 80, la progression d’Internet dans les milieux universitaires et dans les centres de recherche a conduit
les grandes bibliothèques à développer la numérisation des documents. Cette numérisation présente sans aucun doute pour les toutes les
bibliothèques ou les centres d'archives de nombreux avantages : |
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mode de stockage faiblement consommateur d’espace ; |
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consultation du document sans aucune détérioration de celui-ci ; |
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possibilité accrue de consulter des ouvrages rares ou fragiles ; |
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démultiplication de l’accès aux catalogues et aux ouvrages ; |
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enrichissement de l’offre proposée grâce à l'hypertexte, constitution de liens documentaires entre les ouvrages
conservés dans un lieu ou un autre. Le réseau offre la possibilité de réaliser l’interconnexion des bibliothèques de lecture publique,
tant à l’intérieur qu’à l’extérieur des frontières. |
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Les possibilités d’accès à distance aux fonds numérisés des bibliothèques représentent une chance en termes d'accès à
l'information. Cependant des solutions techniques comme la standardisation et la normalisation doivent être fixées pour que l'on puisse
disposer d’un espace informationnel adapté et adopté par les utilisateurs/consommateurs. Par ailleurs, le numérique permet également
d’envisager la diffusion de produits documentaires spécifiques, complémentaires aux livres tels que les bases de données, CD-ROM,
DVD-ROM, etc. |
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C'est pourquoi, si le cœur du métier de bibliothécaire était le catalogage et la conservation, il repose davantage maintenant
sur un rôle de médiateur. Son rôle de qualification de l'information s'appuie sur un ensemble de méta-données et de bons moteurs de
recherche pour récupérer, dans l’univers numérique au sens large, les contenus éditoriaux recherchés. |
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Cependant, la bibliothèque du futur doit être également le lieu où pourront être maintenues les différentes formes actuelles
de l'écrit. La représentation électronique des documents ne doit pas signifier l'oubli ou la destruction des supports papiers actuels. La
numérisation nous fait prendre conscience du fait que les textes ne sont pas nécessairement des livres, périodiques ou journaux, et que les
notions juridiques de propriété littéraire, droit d'auteur, copyright, ou réglementaires tel que dépôt légal sont à redéfinir pour les
écrits numériques [3-4, 3-5]. |
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III. 2. 2- La signature numérique |
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La numérisation des écrits -- qui peuvent aujourd'hui être faxés, cryptés, et envoyés par courrier électronique -- met en
défaut le système probatoire traditionnel basé sur les notions d'originalité et d'intégrité du message liées à la nature du support. D'un
point vue juridique, jusqu'au 13 mars 2000, l'écrit papier, assorti d'une signature manuscrite, détenait seul le pouvoir de
matérialiser le consentement des parties. Depuis cette date, l'écrit est légalement libre de tout support ce qui constitue une véritable
révolution culturelle. Assisté de la cryptographie, reconnu par la loi comme
par les juges, la signature électronique devrait
progressivement trouver sa place aux côtés de l'écrit papier, doyen des modes de preuves [3-7].
Cependant, les conditions d'application (décrets d'applications datant de 2001
et arrêtés ministériels de 2002)
et les modalités de traitement n'étant encore complètement établies du fait
de certaines complexités techniques, ce type de signature tarde à se
généraliser. En théorie, la technologie basée sur une infrastructure à clés
publiques (ICP) permet d'établir la confiance sur Internet. Mais la
réglementation élaborée autour de sa mise en application pose un vrai
problème. Tout une série d'organismes doivent intervenir en cascade pour
certifier la conformité de la signature. Et cela est sans compter les
problèmes générés par des compatibilités de matériels, de logiciels et de
plateforme. Une solution réellement universelle fait encore l'objet de
recherche [3-9]. |
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