Accueil     Recherche | Plan     Technique | Liens | Actualités | Formation | Emploi | Forums | Base  
logo CERIG Histoire de nos métiers Cerig 
  Vous êtes ici : Accueil > Base de connaissances > Histoire de nos métiers > Louis-Nicolas Robert, inventeur de la machine à papier > Louis-Nicolas Robert Révision : 22 octobre 2004  
Page précédente
Précédent
Louis-Nicolas Robert
Inventeur de la machine à papier
Retour au sommaire
Sommaire
   Page suivante
Suivant
André FAURIE - Ingénieur EFPG

Extrait du Bulletin de La Cellulose,
numéro spécial, 1999
Mise en ligne : Septembre 2004

Partagez sur Facebook
Rejoignez-nous

     
Voir aussi :
     

III - Louis-Nicolas Robert

1- La manufacture d'Essonnes

  La papeterie d'Essonnes au 19ème siècle  
La papeterie d'Essonnes au 19e siècle

Le premier moulin d'Essonnes (1354) est contemporain de celui de Pielle (1348) près de Troyes. Son implantation date donc du milieu du XIVe siècle. La figure ci-contre représente l'état de la papeterie au XIXe siècle.

C'est sur ce très ancien site papetier, à l'emplacement de l'ancien Moulin-Galant, qu'avec le concours de l'inspecteur Nicolas Desmarests, les frères Sauvade de Périchard, fabricants de papier en Auvergne, constituent une société pour installer à Essonnes une "papeterie hollandaise". Elle est autorisée par un arrêt du 11 avril 1775.

C'est Jehan-Guillaume Ecrevisse qui installe les premiers cylindres hollandais. En 1783 six cylindres sont en activité.

Pierre-François Didot les rachète le 26 mars 1789 et les exploite avec son frère François-Ambroise. C'est son fils Léger Didot ou Didot Saint Léger qui prendra la suite. Pierre-François Didot jeune signe,en 1792, un traité avec Monsieur Desmarests, commissaire du Roi chargé de surveiller la confection des assignats pour la fabrication du papier-assignat de 25 livres, 10 livres et 50 sols.

D'après un décret rendu par la Législative le 2 août 1792, tout le papier pour les coupures de 50 sols fabriqués à Essonnes devait être retiré des archives de l'Assemblée pour être refondu.

Le 8 septembre 1793, la convention met en réquisition les ouvriers papetiers.

Le 18 florial An II (8 mai 1794) la convention Nationale réquisitionne Essonnes pour la fabrication du papier des lois avec le citoyen Humbert comme délégué-commissaire chargé de surveiller la fabrication des assignats.

26 Brumaire An IV (16 novembre 1795 ) : "Sur la simple demande du ministre des Finances, les autres ministres feront délivrer au citoyen Didot, propriétaire de la papeterie d'Essonnes, les quantités de matières quelconques existant dans les magasins qui seront reconnus par les directeurs de la fabrication des assignats pour être nécessaires à la nouvelle fabrique."

 

2- Nicolas le philosophe

2-1- L'enfance

En cette année du règne de Louis le bien-aimé, le beau royaume de France qui avait armé sous Colbert la plus puissante flotte du monde, perd, après le Canada, ses comptoirs français aux Indes. Les Anglais, maître des mers, investissent Pondichéry et Mahé puis viennent nous narguer en face de Quiberon en occupant Belle-Île.

C'est cette même année qu'Etienne François, duc de Choiseul, nommé ministre de la guerre, crée un corps royal d'artillerie qu'il sépare de l'infanterie. Ce nouveau corps utilise les dernières techniques et attire les jeunes talents.

Le 2 décembre, rue Neuve-Saint-Eustache à Paris, Louis-Nicolas Robert pousse ses premiers vagissements.

La guerre de sept ans se termine par le traité de Paris en 1763. La France perd le Canada, l'est du Mississippi et l'ouest de la Louisiane. Les Français sont amers de cette défaite et la nostalgie des terres d'Amérique est grande.

La famille Robert, aisée, fait faire à Nicolas ses études chez les Minimes où il acquiert de solides connaissances mathématiques et scientifiques.

Cet ordre austère et sévère, dérivé des Franciscains a une vocation d'enseignement depuis le XVème siècle. Fortement influencé par Marin Mersenne, figure marquante de la révolution scientifique du XVIIème siècle, Nicolas est pétri de mathématiques et de sciences expérimentales.

Nicolas est de constitution frêle, d’humeur tranquille mais adore les études. Ses camarades l’appellent « Le philosophe ».

Après des débuts prometteurs, Louis XV meurt dans l'indifférence en 1774 et lorsque Louis XVI commence son règne, Nicolas a 13 ans.

 

2-2- Les idées des "insurgents"

  Portrait de La Fayette  
La Fayette

En 1776 au congrès de Philadelphie, les représentants des 13 colonies anglaises, votent la déclaration d'indépendance des États-unis d'Amérique. L'intelligentsia française applaudit autant aux idées nouvelles qu'à la rébellion contre la perfide Albion.

Dès 1776, à 19 ans, le capitaine La Fayette part enthousiaste avec un corps expéditionnaire de 6000 volontaires et 38 vaisseaux, et se met aux cotés des insurgés.

Nicolas n'a que 15 ans, il s’enflamme pour la cause du nouveau monde.

"C'est une âme ardente, très fière et surtout très impressionnable" nous dit M. Bréville.

Il s'enfuit à Nevers et cherche à s’enrôler dans l’armée Royale, mais son jeune âge, sa constitution frêle et sa petite taille l’éliminent de la sélection.

Malheureux il rentre à Paris chez ses parents qui étaient très inquiets de sa disparition.

Il termine ses études, puis pendant 4 ans ronge son frein comme clerc de notaire rue Saint-Louis au Marais.

 

2-3- Sur les traces de La Fayette

  Portrait de Nicolas Robert en médaillon  
Portrait de Nicolas Robert en médaillon

Le 21 mars 1780 le général La Fayette repart pour les Amériques, il s'embarque à l'arsenal de Rochefort sur une frégate de 65 mètres, l'Hermione.

Nicolas Robert ne rêve plus que de faire lui aussi le voyage pour Boston.

Les revers de fortune de sa famille et l'âge aidant, il a enfin l'accord de ses parents pour reprendre sa quête d'aventures et satisfaire ses ambitions.

Le 23 avril 1780, à 19 ans, il réussit enfin à se faire incorporer dans le premier bataillon du régiment de Grenoble-Artillerie qui tient garnison à Calais. Là il apprend à tirer au canon. Exalté par les idées libérales d’outre Atlantique, poussé par son esprit altruiste, il réussit 15 mois plus tard, à se faire envoyer aux Amériques en permutant de détachement. Il embarque à Brest pour Saint Domingue.

Deux mois après son arrivée c'est la victoire d'octobre 1781 à Yorktown.

Son rêve est de courte durée car La Fayette repart déjà pour la France fin 1781.

 

2-4- Quatorze ans sous les drapeaux

Les jeux sont faits, 2 ans plus tard la France prend sa revanche sur l'Angleterre au traité de Versailles qui reconnaît l'indépendance des États-unis.

Nicolas fait preuve de courage et subit avec détermination les gloires et servitudes de la vie militaire et obtient le grade de sergent-major.

Mais l'édit de Ségur, barre depuis 1781 les postes de commandement aux roturiers.

De retour en France il passera la période révolutionnaire dans l'armée.

De son régiment, il assiste à la prise de la Bastille, à l'exécution de Louis XVI, à la Terreur, à l'exécution de Robespierre.

Il est démobilisé, en l’an II de la République (1794).

 

3- Nicolas l'inventeur

Employé, 56, rue Jacob à Paris, comme correcteur chez Pierre François Didot, libraire, imprimeur, éditeur et fabricant de papier, il est remarqué pour son intelligence et sa précision. L'imprimeur le propose à son fils Didot-Saint-Léger comme comptable. Les papeteries d’Essonnes près de Corbeil dans l'Essonne, viennent de lui être cédées par son père et les talents sont les bienvenus.

 

3-1- Nicolas et Charlotte

  Portrait de Nicolas Robert peint par sa soeur (vers 1800)  
Portrait de Nicolas Robert,
peint par sa soeur

Depuis le 20 septembre 1792, le mariage est un simple contrat civil passé devant un officier municipal. Les rapports entre la république et le clergé se sont tendus. Le 30 fructidor An II (18 septembre 1794), la Convention décrète la suppression du budget du culte. Pour l'ancien élève des Minimes il n'y avait pas le choix.

Le 21 Brumaire An III (11 novembre 1794 ) de la république, « Louis-Nicolas Robert, caissier de la Papeterie d’Essonnes et demeurant à Corbeil, et la Citoyenne Charlotte Routier se sont fait donation mutuelle ».

 

3-2- Les empêcheurs d'assigner en rond

L’indiscipline pour ne pas dire le comportement anarchiste, des ouvriers papetiers perturbe gravement la marche de l’entreprise au point de faire manquer régulièrement de papier. Le Ministre, la Convention, Didot Saint-Léger, sont impuissants devant cet état de fait, et les papetiers sont aussi insensibles aux exhortations patriotiques qu’à la surveillance militaire que leur envoie la Convention.

Nicolas Robert est instruit et possède de solides connaissances mathématiques. Face aux difficultés de gestion de 300 ouvriers que rencontrait son patron et à ce désordre anti-national, il a l'idée de faire appel aux arts mécaniques et de trouver un moyen de se passer de ces empêcheurs de raffiner en rond. Peu ou pas de personnel, des formats plus importants, une production digne de la demande, tels étaient les objectifs qu'il estimait nécessaire de se fixer.

Il fait part de ses projets à Didot Saint-Léger, qui malgré son incrédulité quant aux résultats, met ses ateliers et les moyens nécessaires à la disposition de Louis-Nicolas. Pendant les quatre ans d'acharnement qu'il passe à construire son prototype, la république fait face à tous les dangers.

Terreur rouge, terreur blanche, disette, banqueroute, révoltes royalistes, Directoire faible et corrompu, conquêtes et pillages, la France vit une époque troublée.

Le 5 octobre 1795, elle appelle Bonaparte pour écraser la révolte royaliste à Paris.

Face à la dépréciation de la monnaie, le 19 février 96, l'émission des assignats, tombés à 1 % de leur valeur, est suspendue. Le mandat territorial est créé, lui-même supprimé un an plus tard. De dévaluations en banqueroutes la monnaie ne se stabilisera qu'en 1803. La planche à billet tourne frénétiquement et les papeteries une fois de plus croulent sous les commandes.

 

3-3- Le dépôt du brevet

Le 23 fructidor An VI (9 septembre 1798), Nicolas écrit au ministre François de Neufchâteau :

"Citoyen Ministre :
Depuis plusieurs années que je suis employé dans une des principales fabriques de papier de la République, j’ai songé à simplifier les opérations de cet art en rendant la manutention infiniment moins dispendieuse et surtout en faisant un papier d’une étendue extraordinaire de 12 à 15 mètres sans le secours d’aucun ouvrier et par des moyens purement mécaniques...
Je sollicite auprès de vous, Citoyen Ministre, le brevet d’invention qui doit m’assurer ma propriété, et, livré à moi-même, ma fortune ne me permet pas de payer d’abord la taxe du brevet que je désire avoir pour 15 ans, ni même faire les frais d’un modèle. C’est pourquoi je vous prie, Citoyen Ministre, de nommer des commissaires pour examiner sur les lieux celle exécutée en grand, et en conséquence du rapport qu’ils vous feront, de me faire accorder mon brevet gratuitement en considération de l’utilité immense de ma découverte.
Robert."

Lien vers la machine de Nicolas RobertFrançois de Neufchâteau, au vu du rapport du dessinateur officiel de l'attaché au conservatoire des Arts et Métiers, lui accorde le 14 frimaire An VII (4 décembre 1798) la somme de 3000 F. Cela lui permet pour 750 F, de déposer un brevet le 29 nivôse An VII (18 janvier 1799) d'une durée de 15 années pour "Une machine à fabriquer du papier, d'une largeur fixe et d'une longueur indéfinie". Une des figures du brevet est représentée en annexe ; elle s'affichera dans une fenêtre séparée (40 Ko) si vous cliquez sur la miniature ci-dessus.

 

3-4- Un bonheur de courte durée

  Photographie de Nicolas Robert  
Photographie de Nicolas Robert

Le 21 ventôse An VII (11 mars 1799) Charlotte donne naissance à Marie-Eugénie. Depuis 1795, la liberté du culte est rétablie, et même si l'on interdit les processions, le port de la soutane et la sonnerie des cloches, l'ancien élève des Minimes est heureux de faire baptiser sa fille. C'est Mme Saint-Léger Didot et son beau-frère Firmin-Didot qui la tienne sur les fonts baptismaux. Louis-Nicolas Robert vit certainement la plus belle période de la vie. Tous les espoirs lui sont permis, la réussite professionnelle et le bonheur familial. Hélas ces moments privilégiés sont de courte durée.

C'est là que commencent les sujets de discorde entre Louis-Nicolas Robert et Didot Saint-Léger. Ce dernier, trouve naturel, après avoir donné toutes les facilités à Nicolas Robert pour mettre au point l'invention dans sa manufacture, d'avoir l'exclusivité de la machine. N'arrivant pas à s'entendre sur la cession du brevet, Robert reprend sa machine et engage un procès avec Didot Saint-Léger.

Il fonde une papeterie à Darnetal prés de Rouen et se met à l’ouvrage, mais bientôt découragé par ses brouilles avec Didot, le manque de moyens, et son peu de réussite, il est forcé de fermer son atelier et rentre à Paris.

Installé 20 rue de la Huchette, il est en proie au désespoir. Il écrit à son ami Fleurigeon qu'il n'a plus de moyens de subsistance et qu'il est prêt à tout céder, plans, machine et brevet pour 500 F afin de pouvoir survivre.

 

3-5- La réconciliation

  Lettre de Fleurigeon à Nicolas Robert (1800)  
Lettre de Fleurigeon à Nicolas Robert

Nécessités faisant loi, Robert et Didot Saint-Léger rapprochent leurs points de vue. Le 4 messidor (23 juin 1800), Fleurigeon écrit sur un papier à l’entête du ministère de l’Intérieur :

"Citoyen Robert, mécanicien à Corbeil Seine et Oise.
Paris le 4 messidor An VIII de la république Française une et indivisible.
Si le citoyen Didot est bien pressé d'avoir la copie de votre brevet, vous pouvez, Mons cher ami, lui dire de la prendre chez moi quand il voudra; elle est prête.………
Mille compliments à Madame et à tous deux santé et joie.
Fleurigeon."

La cession du brevet est convenue le 27 juin 1800 pour 27 400 francs dont 2 400 francs payés comptant et le reste "stipulé payable sur les produits de la fabrication du papier dans la manufacture d'Essonnes dont il allait prendre la direction".

Dans l'accord il est aussi stipulé qu'il livrera à son ancien patron "une machine neuve et un modèle en grand de nouveaux appareils à presser et à étendre le papier qu'il avait récemment inventé et à révéler certains procédés particuliers pour le collage du papier".

Notre inventeur était devenu un expert dans l'art de fabriquer le papier.

 

3-6- Le brevet des désillusions

Industriel entreprenant, Didot Saint-Léger décide d'aller en Angleterre pour développer son brevet. Il demande à Robert de diriger la manufacture pendant les trois mois de sa courte absence. Robert accepte et, de prolongements en prolongements, dirige Essonnes pendant cinq ans.

C'est ainsi qu'il a vécu l'épopée napoléonienne.

En Angleterre Didot s’associe avec son beau-frère anglais, John Gamble. Ce dernier connaît deux papetiers, anciens huguenots français, installés à Londres, les frères Fourdrinier. Il leur montre des échantillons réalisés sur la machine de Robert, 63 cm de large et 13,53 m de long, les papetiers n'en croient pas leurs yeux. Enthousiastes, ils améliorent le procédé et déposent deux brevets en Angleterre entre 1801 et 1803. La première machine anglaise est fabriquée par les frères Fourdrinier, à Darfort, assistés de Brian Donkin et Hall. Cette machine dite "fourdrinier" devient opérationnelle en 1804 à Frogmore dans le Kent, comté de Hartfort, et donne son nom à la table plate, le fourdrinier. La deuxième machine est installée à Two-Watters Mill.

Épuisé financièrement par les nombreuses expériences coûteuses, Didot est obligé de vendre Essonnes.

En 1810 Robert n'a toujours pas reçu ses 25 000 francs et reprend ses droits après un nouveau procès contre Didot, et ne touche que les intérêts.

Cette même année, Didot, essaie d'obtenir un brevet d'importation du Fourdrinier en France et communique à Antoine-François Berte ses plans modifiés avec toutes les améliorations techniques réalisées en Angleterre.

Antoine Berte dépose les brevets à son nom en 1811, installe des machines en France et se voit même gratifié de la médaille d'or par la société d'Encouragement pour l'Industrie. C'est ainsi qu'une machine est implantée aux papeteries de Saint Roch près de Sorel-Moussel en 1811 par Amoir et Berte.

"Elle produisait autant que dix cuves".

Nicolas fabrique encore une machine pour les Papeteries Guillot, au Mesnil-sur-l'Estrée, mais ses ressources s'épuisent avec sa santé. C'est à cette occasion qu'il fait connaissance avec Dreux.

En 1812, à la morosité de la campagne de Russie, s'ajoute pour Nicolas le désenchantement de voir son invention assurer le succès et la célébrité des autres alors que lui continue de s'enfoncer dans les difficultés financières. C'est la descente aux enfers. Acculé, il renonce à ses projets industriels et se retire à Vernouillet.

 

3-7- Un saut technologique majeur

Au milieu du XIX ème siècle, on compte plus de 300 machines en Angleterre, 200 en France, autant en Allemagne.

C’est le deuxième saut technologique qui était nécessaire à l’industrialisation de la papeterie.

De 20 000 T/an en 1800, la production française passe à 42 000 T en 1850 et 450 000 T en 1900.

 

4- Nicolas à Vernouillet

4-1- Nicolas instituteur

  Maison de Nicolas Robert à Vernouillet  
La maison de Nicolas Robert à Vernouillet

Pour assurer la subsistance de sa famille, il ouvre une modeste école primaire à Vernouillet, faubourg Saint-Thibault, près de Dreux.

Pour faire son école, notre héros désargenté, loue pour 300 F/an une maison au 83 bis et 85 rue St Thibault. Au 83 bis il fait le logement de sa famille et aménage le 85 en salles de classe.

Avec un revenu de deux francs par mois pour chaque élève, plus vingt cinq centimes en hiver pour le bois, la richesse n'était pas au rendez-vous.

Janvier 1814 est l'échéance fatidique de ses rêves d'inventeur. Il n'a pas les moyens de renouveler son brevet et laisse le fruit de sa géniale invention à tous ces prédateurs sans scrupule qui cumulent profits et gloire.

Trois mois plus tard, Napoléon abdique une première fois, puis revient un an après avant de laisser définitivement la place à Louis XVIII. La France est occupée par les troupes étrangères jusqu'en 1818.

Les parents des élèves de Nicolas Robert sont plutôt pauvres et comme après chaque guerre les indigents sont nombreux. La monoculture d'un vin de piètre qualité ne favorise pas les revenus des vignerons pendant les années de mévente. L'instituteur s'adapte :

"C'est un éducateur pratique, à ses élèves fils de vignerons, il enseigne bien sûr l'anatomie et la morale, mais aussi la viticulture, les meilleures méthodes de culture connues, la manière d'élever le vin".

"C'est un caractère aimable et bon, qui s'attire bien vite l'estime et la sympathie des habitants de Vernouillet. Il est cité en exemple pour ses vertus et son amour du travail".

 

4-2- Nicolas en difficulté

  Lettre de Nicolas Robert au sous-préfet (1824)  
Lettre de Nicolas Robert au sous-préfet de Dreux

En 1824, son école est menacée car l'éducation primaire est confiée au clergé. Pour faire face à une situation financière difficile, il diminue sa surface locative des deux tiers et le 2 février 1824 écrit au Préfet pour demander un dégrèvement à sa contribution mobilière :

"A Monsieur le Sous-Préfet
de l'arrondissement de Dreux

 

Monsieur le Sous-Préfet,

 

   J'ai l'honneur de vous représenter que depuis près de douze années que j'occupe en cette ville le pavillon du faubourg St Thibault, situé sur la commune de Vernouillet, je n'ai fait aucune réclamation relative à ma contribution personnelle et mobilière, malgré la somme exhorbitante à laquelle on a jugé à propos de me taxer...

   J'ai commencé par renoncer aux deux tiers du logement que j'habitais, afin de réduire le prix de ma location à la somme de 100 F seulement, au lieu des 300 F...

   ...J'ai lieu d'espérer de votre justice, Monsieur le Sous-Préfet, que vous voudrez bien avoir égard à la demande que j'ai l'honneur de vous adresser pour obtenir un dégrèvement qui établira avec plus d'équité le montant des contributions que je dois payer, proportionnellement au local que j'occupe aujourd'hui, et aux faibles ressources que je trouve dans la petite école que je dirige.

   ...Je joins à la présent l'extrait du Rôle et la quittance du percepteur auquel j'ai payé, le 17 janvier dernier, la somme de 7,50 F.

J'ai l'honneur d'être avec un profond respect

                Monsieur le Sous-Préfet

                Votre très humble et très obéissant serviteur

                Robert

                Instituteur de la commune de Vernouillet

Du faubourg St Thibault de Dreux

Ce 2 février 1824"

Le 8 août 1828, Nicolas Robert meurt à 66 ans dans la misère, en ayant vécu, après l'avènement de Charles X, sous le règne de quatre Rois, traversé la Révolution et l'Empire.

Page précédente
Précédent
Retour au sommaire
Sommaire
Page suivante
Suivant
  Accueil | Technique | Liens | Actualités | Formation | Emploi | Forums | Base  
Copyright © Cerig/Grenoble INP-Pagora
Mise en page : J.C. Sohm