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cerig.efpg.inpg.fr | |
| Vous êtes ici : Accueil > Technique > Mémoires > Utilisation des plantes annuelles en papeterie | Révision : 29 octobre 2009 |
| Utilisation des plantes annuelles en papeterie | ||||||||||||||||||||||||||||||||||
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Nicolas FULLERINGER et Bastien PONSARD Élèves-ingénieurs 2e
année
Avertissement |
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| Voir aussi : | ||
L'homme a toujours cherché à transcrire des informations sur un support matériel. Après avoir peint sur les parois des cavernes, gravé la pierre, utilisé le papyrus pour tresser un matériau souple, il a choisi la peau animale pour écrire et dessiner. Toutefois, c'est avec la création du papier qu'il a vraiment trouvé de quoi transmettre ses connaissances et laisser une trace sur le long terme.
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| Figure 1 - Alfa |
Matériau aux propriétés physiques intéressantes à un prix décroissant au fil du temps, le papier est devenu un support universel d'information et de communication. Pour le produire, il a fallu trouver les matières premières adéquates, toujours moins chères et aux caractéristiques sans cesse améliorées. Constitué de fibres végétales, le papier était à l'origine fabriqué à partir de plantes annuelles c'est-à-dire de plantes au cycle de vie inférieur à une année. Mondialement répandues, dotées de propriétés riches et variées, ces végétaux auraient pu conférer au papier une gamme importante de caractéristiques et de coûts. Cependant, avec la découverte de l'usage du bois en papeterie, le recours aux plantes annuelles n'a cessé de décroître pour devenir quasiment négligeable dans les années 70, relégué aux marchés de niche.
Depuis une trentaine d'années, ces plantes annuelles semblent être redécouvertes. Une prise de conscience se fait sur leurs avantages par rapport au bois : répartition géographique, propriétés papetières ou encore gamme de coûts. Avec ce regain d'intérêt et les enjeux industriels induits, étudier la pertinence d'utiliser ces plantes annuelles en papeterie est un investissement judicieux sur l'avenir.
Une fibre est une cellule présentant un rapport longueur sur largeur important : de l'ordre de 50 à 100 [Olsen&Plackett, 1998]. Un végétal est par définition un organisme vivant qui végète. Cette définition ne se limite donc pas aux plantes mais s'étend plus généralement aux algues, mousses, fougères, angiospermes et gymnospermes.
Il y a des fibres dans de nombreuses plantes [Tableau 1].
| Plante | Groupe | Organe utilisé |
| Coton | Angiosperme dicot | Feuille |
| Kapok | Angiosperme dicot | Feuille |
| Coir de noix de coco | Angiosperme monocot | Fruit et feuille |
| Lin | Angiosperme dicot | Fruit et graine |
| Ramie | Angiosperme dicot | Fruit et graine |
| Chanvre | Angiosperme dicot | Graine |
| Jute | Angiosperme dicot | Graine foliaire |
| Sisal | Angiosperme monocot | Tige |
| Abaca | Angiosperme monocot | Tige |
| Raphia | Angiosperme monocot | Tige |
| Papyrus | Angiosperme monocot | Tige |
| Feuillus | Angiosperme dicot | Tige |
| Conifères | Gymnosperme | Tige |
| Blé | Angiosperme monocot | Tige |
Tableau 1 - Provenance des fibres végétales
Les fibres se trouvent dans différentes parties du végétal : tiges, feuilles, fruits, graines,... Les fibres constituent généralement l'ossature même du végétal mais n'en représentent pas la totalité [Figure ].
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| Figure 2 - Coupe de tige de lin indiquant la localisation des fibres | ||
La papeterie utilise les fibres végétales, riches en cellulose, afin de produire le papier. Ce secteur industriel utilise diverses matières premières. De nos jours, les papetiers utilisent majoritairement les arbres comme source de fibres végétales, mais cela n'a pas toujours été le cas. Notre étude porte sur les fibres végétales non issues du bois ou non-wood fibres. La traduction "fibres non-bois" n'étant pas acceptée, l'expression "fibres de plantes annuelles" lui est préférée, à tort cependant. En effet, les plantes annuelles ne sont qu'une partie des plantes non-bois produisant des fibres végétales. Le terme "plantes annuelles" recouvre les plantes dont le cycle de vie est inférieur à un an. Toutefois, il existe également des plantes bisannuelles (cycle de vie de 2 ans) ou vivaces (cycle de vie supérieur à 2 ans). Nous les assimilons à des plantes annuelles lorsque qu'elles sont différentes du bois.
Nombre de plantes annuelles sont utilisées en papeterie. Elles sont classées en trois catégories [Tableau 2] :
Ce classement repose sur des enjeux différents :
| Origine | Fibres | Exemples |
| Résidus agricoles | Fibres de tiges | Bagasse (canne à sucre) Paille de blé Paille de riz Paille de seigle Tiges de maïs Tiges de sorgho Tiges de coton |
| Cultures | Fibres péri-libériennes | Chanvre Jute Kenaf Lin textile Ramie |
| Fibres de feuilles | Abaca Sisal Henequén |
|
| Fibres de graines | Fibres de coton | |
| Plantes sauvages | Alfa Bambou Grande ortie Sabai Papyrus Roseaux |
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| Récupération | Cordes Vieux chiffons |
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Tableau 2 - Classement des
plantes annuelles utilisées en papeterie,
par type de production
En annexe, figurent des descriptions plus détaillées de ces plantes et des fibres produites.
La liste, aussi courte soit-elle, représente déjà un vaste domaine qu'il serait difficile d'étudier en totalité. Aussi, il convient de mieux cibler les plantes présentant réellement un intérêt pour l'industrie papetière à court et moyen terme. Pour cela, différents aspects sont pris en compte : la disponibilité, la répartition géographique et les caractéristiques physico-chimiques des fibres.
Ce critère permet de déterminer les plantes intéressantes à employer comme fibres de masse (au minimum). Nous nous basons ici sur des données de 1994, qui comparent la disponibilité de plantes annuelles dans le monde pour la mise en pâte. Les données sont chiffrées en million BDMT (Bone Dry Metric Ton = tonne pour une siccité de 100%) [Tableau 3].
| Type d'exploitation | Fibres végétales | Quantité (million BDMT) |
| Résidus agricoles | Paille de blé | 600 |
| Paille de riz | 360 | |
| Paille d'orge | 195 | |
| Paille d'avoine | 55 | |
| Paille de seigle | 40 | |
| Tiges de maïs | 750 | |
| Tiges de sorgho | 252 | |
| Coton | 89 | |
| Bagasse | 102,2 | |
| Autres résidus agricoles | 1193,2 | |
| Total | 2448,2 | |
| Cultures | Fibres péri-libériennes : lin textile, jute, kenaf, chanvre, ramie | 13,9 |
| Fibres de feuilles : sisal, abaca | 0,6 | |
| Total | 14,5 | |
| Plantes sauvages | Roseaux | 30 |
| Bambou | 30 | |
| Papyrus | 5 | |
| Alfa | 0,5 | |
| Total | 65,5 | |
| Total | 2528 | |
| Bois | 17500 | |
Tableau 3 - Disponibilité des plantes annuelles pour la mise en pâte
Pour avoir un ordre de grandeur approximatif de la quantité de pâte qu'il est ainsi possible de produire, elle est d'environ 35% des valeurs affichées ici. On considère effectivement un rendement pâte de 40% et une siccité importante des balles de pâte proche de 90%.
Les quantités disponibles sont faibles en comparaison avec la quantité de bois utilisée (12%). Il n'est donc pas possible de remplacer le bois en papeterie par ces plantes, uniquement de s'en servir comme un matériau d'appoint ou de se concentrer dans des marchés de niche tels que les papiers de spécialité. Par ailleurs, il y a une grande différence de production entre les plantes cultivées ou sauvages, et les résidus agricoles. Cela s'explique par le fait qu'actuellement, le secteur papetier emploie très peu ces plantes. Par conséquent, les infrastructures ne sont pas en place et le marché n'est pas lancé. Pour utiliser certaines plantes à des fins papetières, il faut développer des méthodes d'exploitation.
À partir des données de l'annexe, un tableau représente les continents où poussent les plantes utilisées en papeterie.
| Afrique | Amérique | Asie | Europe | Océanie | |
| Abaca | - | - | oui | oui | oui |
| Alfa | oui | - | - | oui | oui |
| Bambou | oui | oui | oui | - | oui |
| Canne à sucre | 35 600 | 581 000 | 544 900 | - | 37 000 |
| Chanvre | - | 4,3 | 41,1 | 20,6 | - |
| Coton | 1 451 | 6 058 | 13 842 | 350 | 498 |
| Grande ortie | - | oui | oui | oui | oui |
| Jute | - | - | 98 | - | - |
| Kenaf | oui | oui | oui | - | - |
| Lin cultivé | - | - | 530,5 | 284 | - |
| Ramie | - | oui | oui | - | - |
| Sabai | - | - | oui | - | - |
| Sisal | 67,7 | 288 | 20 | - | - |
| Paille de céréales | oui | oui | oui | oui | oui |
Tableau 4 - Répartition
géographique des plantes utilisées en papeterie
Les chiffres correspondent aux productions en kilotonnes par an.
Le tiret signifie que la plante ne pousse pas à cet endroit.
Certaines plantes sont sauvages, aussi les productions sont inconnues ou faussées. Il ressort que l'Asie est particulièrement riche en plantes annuelles et que seuls le coton et la paille de céréales sont produits sur les cinq continents. Par ailleurs, il existe une grande disparité des plantes sur le plan géographique. L'usage papetier est donc local, difficilement transposable de pays en pays.
Caractéristiques chimiques
La composition chimique des fibres des plantes annuelles est importante
pour une utilisation dans la fabrication du papier. Le papetier cherche
généralement à récupérer la cellulose et à soustraire la lignine. Étudions
donc le pourcentage de cellulose, d’hémicelluloses, de lignine, de cendres
et le taux de silice (qui pose des problèmes lors de la cuisson kraft).
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| Tableau 5 - Propriétés chimiques des plantes annuelles et du bois | ||
Dans ce tableau, deux catégories principales apparaissent :
Cette différence marquée par les deux catégories se retrouve dans leurs propriétés physiques et par conséquent, dans l’utilisation de ces groupes de fibres en papeterie.
Propriétés physiques
Ce n'est plus seulement le procédé papetier qui est en jeu, mais également
la qualité du papier produit. Le tableau ci-dessous donne les caractéristiques
morphologiques et physiques des fibres de plantes annuelles ainsi que de bois
et de fibres synthétiques [Tableau 6].
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| Tableau 6 - Caractéristiques morphologiques et physiques des fibres de plantes annuelles, de bois et de fibres synthétiques | ||
La comparaison des données morphologiques montre que les fibres de la première catégorie ont des longueurs (de l’ordre du millimètre) comparables à celles des fibres de feuillus. Cela destine ces fibres au même usage que les fibres de feuillus c'est-à-dire au remplissage conférant au matériau des propriétés mécaniques médiocres. Ce sont des fibres de masse.
De même, quasiment toutes les fibres de la deuxième catégories ont des longueurs allant de deux à plusieurs dizaines de millimètres. Elles se rapprochent donc plus des fibres de résineux qui donnent de bonnes propriétés mécaniques au papier. Ce sont des fibres de renfort.
Enfin, certaines fibres ont des caractéristiques spéciales comme le kenaf dont la résistance à la rupture est de plus de 1500MPa. Intérêt pour la papeterie ? Ajoutées en faibles quantités, elles peuvent apporter de bonnes propriétés physiques au papier.
Trois plantes annuelles sont étudiées dans ce mémoire – la paille de blé, le chanvre et le kenaf – car leurs fibres présentent des caractéristiques différentes :
La comparaison de ces fibres donne une idée des utilisations papetières de ces plantes annuelles.
Par ailleurs, une telle étude doit être générale du point de vue géographique. En effet, les groupes papetiers s'installent partout dans le monde dès lors que la situation économique y est attrayante. Or, les productions industrielles de chanvre et de pailles de céréales couvrent les cinq continents.
| Afrique | Amérique | Asie | Europe | Océanie | |
| Chanvre | - | oui | oui | oui | - |
| Kenaf | oui | oui | oui | - | - |
| Paille de céréales | oui | oui | oui | oui | oui |
Tableau 7 - Répartition géographique des fibres étudiées
Enfin, cette étude étant réalisée en un temps limité, cibler des plantes répandues dans le monde et avec une histoire importante, permet d'accéder à de nombreuses données.
Les premières traces de culture du chanvre sont situées en Chine et datées de 800 avant J.C. Son usage est alors uniquement textile, les fibres de la plante servant au tissage des vêtements. C'est en Chine toujours, que 700 ans plus tard, les fibres de chanvre commencent à être employées dans la fabrication du papier. Par la suite, le mûrier est aussi utilisé.
Il faut attendre le XIVe siècle pour que les techniques de fabrication du papier arrivent en France. Les fibres végétales sont toujours employées. Puis, en 1850, les possibilités d'usage du bois en papeterie sont découvertes. À partir de là, le recours aux fibres végétales est restreint à des usages soit spéciaux soit locaux (par exemple, dans les pays en voie de développement et/ou ayant difficilement accès aux ressources forestières).
En 1883, 70% du papier est toujours réalisé à base de fibres de chanvre. Aux États-Unis c'est la paille de blé qui tient une place de choix dans le secteur papetier. Lors de la Seconde Guerre Mondiale, l'industrie du papier à base de fibres végétales est encore importante : 25 papeteries produisent du papier à base de paille de blé en 1945. Toutefois, en 1960, la dernière de ces papeteries ferme pour les raisons suivantes :
Y a-t-il des limitations à l'acquisition des fibres végétales pour un usage papetier ? Cela va de la croissance de la plante à la mise en pâte en passant par la récolte, le transport et le stockage.
Résidus agricoles - Paille de céréales
Culture
Voyons le cas du blé. Les experts papetiers pensent que les résidus agricoles
sont plus compétitifs que les plantes annuelles : pas besoin de cultiver de
nouvelles terres ; de plus, les pratiques de culture sont déjà connues. Dans les
faits, exploiter des résidus agricoles n'impose aucune contrainte de culture, il
suffit de profiter d'un rejet.
Récolte
Le blé est exploité en coupant sa tige et en récoltant ses graines. La tige
est alors jetée au sol. Lorsque la récolte des graines est l'unique but de la
culture, la tige est coupée en hauteur en dessus du sol. Il est donc possible
d'effectuer un deuxième moissonnage, plus bas sur les tiges, qui permet d'augmenter
le rendement du moissonnage du blé.
Coût des transports
Le coût important du moissonnage (main d'œuvre, machines,...) et du transport
d'une paille de très faible densité a été l'une des raisons de l'abandon de la
paille de blé comme matière première en papeterie. Toutefois, selon des experts,
les technologies modernes – collectage, mise en ballots, récupération et manipulation
des ballots de paille – en cours dans les pays occidentaux, résolvent le problème.
Désormais, des ballots larges et denses pouvant peser de 500 à 600kg, sont produits.
Stockage
Traditionnellement, le stockage de la paille était fait dans des fermes.
Cependant, avec une mise en ballots denses, l'eau ne peut plus s'infiltrer, la
paille est protégée par elle-même et peut, de ce fait, être stockée en plein champ,
sous forme de grandes piles. Selon la localisation, la paille peut être protégée
avec une couverture en plastique. C'est un moyen économique de stocker la paille
qui s'apprête à être utilisé en papeterie. À défaut, des agents de conservation
– borax, acide borique ou encore phénols chlorés – peuvent être utilisés pour
protéger la paille dans les stockages.
Préparation à la mise en pâte
Avant la mise en pâte, la paille doit être réduite en longueur et nettoyée,
par voie sèche ou par voie humide, pour retirer la poussière, les graines, le
sable et les pièces de métal. Comme l'ont montré les travaux de Jean-Claude Roux
(Grenoble INP-Pagora), combiner le nettoyage sec et le nettoyage humide juste avant
le triturateur permet non seulement de nettoyer la paille mais aussi d'en faciliter
sa trituration.
Culture - Kenaf
Culture
Les conditions climatiques et l'état des sols déterminent les zones les plus
intéressantes pour la culture du kenaf. D'une part, le kenaf pousse mieux dans les
zones chaudes avec des précipitations prévisibles et/ou un accès à l'irrigation.
D'autre part, dans d'autres régions, des paysans profitent des gelées pour stopper
naturellement la croissance du kenaf ; cela a tout de même un désavantage puisqu'ils
doivent alors exploiter le kenaf pendant les mois d'hiver, l'un des moments les plus
difficiles pour les agriculteurs.
Récolte
Le kenaf peut être récolté avec les équipements agricoles actuels comme les matériels
des exploitants de canne à sucre par exemple. Cependant, si la production de kenaf passe
à un niveau industriel, le temps de fauchage sera un véritable problème pour répondre aux
demandes de forts volumes. Une solution possible : développer une variété de kenaf à la
durée de vie déterminée de telle sorte qu'il meure avant les premières gelées. Le kenaf
est généralement considéré comme résistant aux insectes mais la plante peut être affectée
par des vers, les nématodes. Ce n'est plus un problème de nos jours grâce aux nématicides
ou encore, dans certaines régions, grâce à une rotation des cultures régulière afin que
les vers ne puissent s'adapter au milieu.
Transport
Le transport devient plus économique si le kenaf est compacté en ballots de forte
densité.
Stockage
Le kenaf peut être stocké en plein champ mais les fibres doivent être gardées
le plus possible au sec. Pour cela, il peut être placé sur des blocs et recouverts par
des bâches en plastique afin de les protéger de la pluie. Selon le Mississipi Delta Fiber
Cooperative, il peut ainsi être stocké plus de 3 ans. Cependant, l'American Forest & Paper
Association ne considère pas cette méthode comme envisageable au niveau industriel à cause
des problèmes de place.
Préparation à la mise en pâte
Les fibres du cœur et d'écorce doivent-elles être ou non mises en pâte séparément ?
Les experts ne s'accordent pas sur ce point :
En définitive, cette préparation dépend de l'utilisation faite des fibres de kenaf. Avantages et inconvénients de ces deux solutions seront développés plus loin.
Culture - Chanvre
Culture
Le principal frein actuel à l'utilisation du chanvre est sa réglementation en raison
de ses propriétés psychotropes. Ainsi, aux États-Unis, il est interdit d'exploiter
cette plante. Néanmoins, des recherches sont menées en Hollande et dans d'autres pays
européens. Selon ces études, les résultats de son exploitation sont similaires à celle
du kenaf. Toutefois, à la différence de ce dernier, le chanvre peut pousser dans de
plus vastes régions du monde.
Récolte
Le temps de récolte est critique pour la qualité des fibres et le rendement du chanvre.
Les tiges sont retirées en quelques jours puis séchées et stockées pour une mise en pâte
future. Récoltée trop rapidement, la plante est immature et son rendement faible. Si la
récolte est retardée, les fibres deviennent trop épaisses pour être utilisées dans les
secteurs papetier et textile.
Transport
Le compactage de la production permet un transport plus économique.
Stockage
Comme le kenaf, le chanvre est séché et doit être stocké au sec. Les mêmes techniques
de stockage peuvent être employées.
Préparation de la pâte
Le chanvre est constitué de fibres d'écorce et de fibres du cœur. Il y a moins de fibres
d'écorce que dans le kenaf mais elles sont de meilleure qualité que les fibres de cœur.
Le problème est donc le même pour ces deux plantes de culture.
Au vu de tous ces éléments, il n'apparaît pas d'obstacle technique majeur pour obtenir de la pâte à papier à partir de végétaux autres que le bois. Des équipements et des méthodes existent pour cultiver, récolter, transporter, stocker et préparer les fibres issues du kenaf, du chanvre et des pailles de céréales. Par ailleurs, diverses techniques développées pour les fibres non issues du bois (la bagasse, par exemple) peuvent être utilisées également.
Recourir aux végétaux non bois pour la papeterie permettrait de réduire l'exploitation des forêts naturelles ou la conversion de ces dernières en plantations. En effet, il se peut que l'exploitation du bois soit polluante. Comparons les impacts environnementaux de l'exploitation à usage papetier des arbres et des plantes précédemment citées.
Résidus agricoles – Paille de céréales
Employer des résidus agricoles en papeterie permettrait une bonne revalorisation
des déchets qui posent des problèmes de gestion aux agriculteurs. L'usage de produits
chimiques dans le procédé d'acquisition des fibres est faible puisque l'utilisation
papetière n'est pas un but en soi. Par ailleurs, récolter la paille pour la mise en
pâte élimine la combustion des pailles par les agriculteurs et, par conséquent, la
pollution générée. La plus grande partie de la biomasse organique est proche du sol
et n'est pas exploitée. Cependant, à long terme, récolter la paille peut tout de même
conduire à une perte de nutriments dans le sol. Aussi, les agriculteurs ne doivent pas
trop exploiter cette filière et utiliser des engrais avec parcimonie pour compenser ce
manque de nutriments.
Culture – Kenaf, Chanvre
Exploiter ces plantes annuelles comme sources de fibres papetières a des conséquences
sur l'environnement plus importantes que les résidus agricoles. Pour évaluer l'impact
environnemental de la culture de ces plantes, il convient de le comparer à celui
qu'aurait une culture du bois. Considérons les zones où le bois et ces plantes annuelles
peuvent pousser : en effet, ailleurs, nous ne sommes plus dans la même logique de
remplacement.
Les partisans des plantes annuelles papetières voient deux avantages à l'utilisation des fibres de chanvre et kenaf plutôt que des fibres issues du bois :
La validité de ces idées dépend beaucoup de différentes variables dont le type de fibres et le type de papier produit. Il est donc important de comparer non seulement le rendement en fibres mais aussi le rendement en pâte du bois et des plantes annuelles. Les pâtes comparées doivent être équivalentes, c'est-à-dire être utilisables pour les mêmes applications papetières.
Quantités nécessaires
Avoir un fort rendement permet de réduire la quantité de terres nécessaires pour
répondre à la demande. Pour les partisans du kenaf et du chanvre, les plantes
annuelles permettent des rendements plus important que ceux du bois, y compris
des pins maritimes. Or, les rendements sont difficiles à connaître et varient
énormément selon les études : conditions climatiques, état du sol, zone
géographique, usage de pesticides, recours à l'irrigation,... Il existe même des
études d'études afin d'établir un taux moyen de rendement. Ce n'est pas notre
objectif ici : nous utilisons donc directement les résultats extraits de ce
genre d'études [Tableau 8]
| Rendement en fibres tonnes/ha |
Rendement en pâte tonnes/ha |
||
| Kenaf | Pâte mécanique | 6,4 | 5,5 |
| Pâte de renfort | 2,02 | 1,15 | |
| Chanvre | Pâte mécanique | 4,5 | ? |
| Pâte de renfort | 1,19 | 0,77 | |
| Pin maritime | Pâte mécanique | 3,75 | 3,49 |
| Pâte de renfort | 3,75 | 1,65 |
Tableau 8 - Rendements en fibres et et pâte des plantes annuelles par type de pâte
Ce qui intéresse les papetiers, c'est le rendement en pâte et
non le rendement en fibres. Pour un usage de renfort, le rendement des pâtes
de kenaf et de chanvre est plus faible que celui du pin maritime (respectivement
68% et 47% de la production en tonnes par hectare du pin maritime). Pour un
usage en pâte mécanique, le rendement en pâte du kenaf est de 60% supérieur
à celui du pin maritime. Il est possible de raisonner de la même façon avec le
papier impression-écriture, en mesurant la taille des champs nécessaires à la
production d'une tonne de papier.
Il faut faire varier la composition des papiers :
| Composition | Type de papier | Surface ha/tonne de papier |
|
| Kenaf | 100% fibres d'écorce | Papier impression-écriture | 0,59 |
| 65% fibres d'écorce 35% fibres de cœur |
Papier impression-écriture | 0,4 | |
| Bois | 25% fibres de résineux 75% fibres de feuillus |
Papier impression-écriture | 0,36 |
Tableau 9 - Comparaison
de la surface d'exploitation nécessaire
pour la production d'une tonne de papier
Pour un papier impression-écriture, l'emploi du kenaf peut être j ustifié en ce qui concerne les surfaces mises en jeu, comparables à celles du bois. Cependant, utiliser 100% de fibres d'écorce n'est pas évident puisqu'il faut alors presque deux fois plus de surfaces cultivées pour la même production de papier.
Apports agricoles
Outre les surfaces mobilisées pour l'exploitation des plantes, il faut considérer
les apports nécessaire à l'agriculture. Par exemple, l'utilisation d'engrais, de
pesticides, de l'irrigation, etc. jouent sur l'impact environnemental des plantes
annuelles employées en papeterie.
Les partisans du recours aux plantes annuelles soulignent leur résistance aux insectes et leur besoin de peu d'engrais. Comme pour les rendements, la comparaison doit être faite avec les plantations de bois.
Kenaf
Chanvre
Plantations d'arbres
Autres
En résumé
Résidus agricoles
Plantes annuelles cultivées
L'exploitation des plantes annuelles dépend donc de la situation locale. En revanche, l'utilisation des résidus agricoles représente dans tous les cas un enjeu important.
Étudions les coûts relatifs à la production d’une tonne de fibres depuis le lieu de plantation jusqu’au lieu de transformation. Pour pouvoir être utilisées en papeterie, les fibres de plantes annuelles doivent avoir un prix compétitif avec les fibres de bois à savoir un coût de revient inférieur ou égal aux fibres de bois (résineux ou feuillus) équivalentes. Si elles sont plus chères, elles doivent apporter au papier des propriétés justifiant leur usage. Le tableau suivant présente les prix fin 1995 pour différents types de fibres.
| Source de fibres | Coût US$/tonne sèche |
| Résineux | 100 |
| Feuillus | 45 |
| Kenaf - entier | 50-60 |
| Kenaf - écorce | 150-400 |
| Chanvre - entier | 200 |
| Chanvre - écorce | 630-1500 |
| Paille de riz | 40 |
| Paille de blé | 30 |
Tableau 10 - Coûts
des fibres issues du bois
et des plantes annuelles en 1995
Résidus agricoles – Paille de céréales
Le papier s'est développé comme support de communication et d'information
grâce à des procédés de mise en pâte permettant d’utiliser une matière première
peu onéreuse, d’où l’utilisation de résidus et de déchets. Traditionnellement,
les papetiers utilisaient des chiffons de coton et de lin. La paille de blé et
la bagasse, résidus de l'exploitation du blé et de la canne à sucre, sont les
fibres végétales non issues du bois les plus utilisées dans le monde. Les
employer paraît donc être un moyen d'obtenir des prix faibles et stables de la
matière première d'une usine de pâte à papier.
Par ailleurs, la législation pousse de plus en plus à recourir à ces résidus agricoles, au point que l’industrie papetière se trouve même parfois en concurrence avec d'autres secteurs comme le bâtiment qui valorise la paille pour l’ossature des maisons dite écologiques, ou encore le secteur automobile.
La faible densité des fibres de paille rend les coûts du transport élevés, en comparaison avec ceux du au bois. Cependant, selon des experts, combiner les nouvelles technologies d'exploitation des pailles aux nouveaux équipements de mise en pâte permettrait à la paille d'être compétitive face au bois.
Culture - Kenaf et chanvre
Le tableau précédent montre que le coût des fibres issues de la plante
entière de kenaf est plus faible que celui des fibres de résineux. Le kenaf est
donc compétitif pour la production de pâtes mécaniques qui peuvent utiliser les
tiges entières.
A contrario, la tige de chanvre est plus onéreuse que le bois ou la tige de kenaf. Le coût des fibres de kenaf et de chanvre peut cependant fortement augmenter si les fibres de cœur (fibres de masse) sont séparées des fibres d’écorce (fibres de renfort). Ainsi, pour obtenir des fibres d’écorce de 80% de pureté, le prix à la tonne augmente d'environ 40$ par rapport à celui de latige de kenaf. Il double pour une pureté de 96%.
Ces prix sont donnés pour les technologies actuelles de séparation. De nouveaux procédés à l’étude pourraient permettre de réduire le coût de la tonne de fibres d’écorce, actuellement de 150 à 400$, à 60$. Les prix donnés peuvent fluctuer d’une région à l’autre et dans le temps, la production de chanvre et de kenaf étant encore peu répandue. Il faut noter que la tonne de chanvre coûte encore plus cher : de 630$ à 1500$.
Du fait de ces prix élevés, les fibres de ces plantes sont peu utilisées aujourd'hui ; les fibres de résineux traitées chimiquement leur sont préférées. Toutefois, des marchés de niche comme le papier cigarette recourent aux fibres de chanvre pour les caractéristiques mécaniques qu’elles confèrent au papier et pour le goût qu'elles donnent à la cigarette. Ces pâtes sont aussi utilisées dans la pétrochimie en remplacement des fibres synthétiques, plus chères.
Retrouvez les divers usages de ces plantes en annexe.
En résumé,
En principe, les procédés de mise en pâte (chimique et mécanique) utilisés pour le bois peuvent être appliqués aux plantes. Or, la majeure partie des usines de pâte à papier utilisant des plantes annuelles mettent en œuvre des procédés chimiques (kraft, soude, sulfite).
Pâte chimique
Pâte mécanique
Les plantes annuelles sont bien adaptées aux procédés mécaniques et
chimico-mécaniques (CMP). Elles nécessitent moins d'énergie que les fibres
de bois. Par ailleurs, les tiges entières peuvent être employées. Cependant,
les pâtes mécaniques sont relativement peu utilisées en papeterie.
Problèmes liés à la mise en pâte
Explorons plus en détail la mise en pâte de la paille de blé, du chanvre et du kenaf et les problèmes qu'elle peut poser .
Paille de blé
La mise en pâte des pailles de blé est compliquée. Il faut contrôler
la viscosité, le taux de silice et de potassium dans la liqueur noire envoyée
dans le circuit de récupération. En effet :
La paille de blé est plus intéressante lorsqu'elle est combinée à d'autres fibres. En effet, ses fibres courtes affaiblissent le papier. Aussi, la combinaison avec de longues fibres suppriment ce défaut. La paille de blé permet d'augmenter la main du carton ondulé. En outre, elle améliore certaines caractéristiques comme la formation et l'opacité. Incorporer des fibres de paille de blé à une pâte vierge ou de fibres recyclées destinée aux cartons a donc un grand potentiel de développement.
Kenaf
Le kenaf peut être utilisé pour la pâte chimique (kraft, sulfite alkaline,
soude et soude-AQ), semi-mécanique ou encore pour la pâte mécanique modifiée
TMP (thermomechanical pulp) et CTMP (chemithermomechanical pulp).
La sélection du procédé de mise en pâte dépend entre autres du type de papier
souhaité et des parties de la plante utilisés (tige entière, cœur ou écorce).
Le kenaf n'est pas adapté à la pâte mécanique car il donne alors une pâte plus faible que son équivalent bois. Aussi, d'autres procédés sont-ils employés :
Chanvre
Le chanvre est moins intéressant d'un point de vue papetier que le kénaf :
Pour certains papetiers les fibres de cœur ne sont donc pas adaptées à un usage papetier et doivent être réservées à d'autres applications, comme les matériaux composites. Pour d'autres, les fibres de cœur peuvent servir à d'autres utilisations papetières, par exemple comme charge remplaçant le carbonate de calcium.
L'approche optimale des fibres d'écorce est d'en faire une pâte mécanique à haut rendement, aux propriétés similaires à celle issue des résineux BCTMP (bleached chemithermomechanical pulp) utilisée pour du papier tissue.
Autre option raisonnable : mettre en pâte mécaniquement les tiges entière de chanvre et les vendre comme additif pour la production de carton, en ajout aux fibres recyclées. Les propriétés qui en résultent sont similaires à celles des papiers impression-écriture recyclés ou des pâtes Kraft blanchies.
Recyclabilité
Les pâtes issues des plantes annuelles sont-elles recyclables ? Oui : le
recyclage est le même que pour les fibres issues du bois et pose les mêmes
problèmes. Les fibres recyclées sont plus courtes que les fibres de pâte vierge
et leur longueur diminue à chaque nouveau cycle d'utilisation. Les problèmes
rencontrés avec les fibres courtes (égouttabilité de la pâte de paille, par
exemple) existent toujours avec des pâtes recyclées. Les fibres longues alors
sont utilisées avec d'autres papiers recyclés pour compenser la perte en
résistance due au recyclage.
Investir dans une nouvelle ligne de mise en pâte ou de production de papier pose toujours des problèmes économiques : offre/demande, coût, disponibilité des capitaux,... L'utilisation des fibres végétales exacerbe ces problèmes. À titre d'exemple, en Californie, un projet de création d'une papeterie utilisant de la paille de riz pour produire des papiers recyclés a échoué : alors que les clients avaient été identifiés, les acteurs du projet n'ont pas trouvé de machine à papier pour fabriquer le papier, ni même un financement.
Ces technologies en sont à leurs débuts, dans une situation difficile mais temporaire. En effet, ces projets sont difficiles à lancer : même avec une alimentation en matières premières et des coûts de mise en pâte identiques, en utilisant des fibres de plantes annuelles, les risques sont plus importants :
Par ailleurs, notons l'importance des économies d'échelles, c'est-à-dire les baisses du coût du produit fini grâce à la quantité produite. Elles sont particulièrement présentes en papeterie et dans les procédés de mise en pâte. Les grandes machines à papier modernes produisent un papier de meilleure qualité de façon continue à moindre coût que les petites machines anciennes. Un papier issu de plantes annuelles peut donc ne pas sembler compétitif tant qu'il n'a pas été produit sur des géants mécaniques.
Pour les plantes possédant différentes fibres, le coût dépend aussi de la destination des fibres. Par exemple, le kenaf a des fibres de cœur et des fibres d'écorce. D'un point de vue technologique, il est intéressant de les séparer. D'un point de vue papetier, la séparation des fibres souvent n'est pas indispensable car dans les faits, du papier magazine de haute qualité par exemple peut être produit à partir des tiges entières de kenaf . D'un point de vue économique, il faut s'interroger sur la nécessité de séparer les fibres. De la séparation résultent de petites quantités de fibres d'écorce de haute qualité et de grandes quantités de fibres de cœur de faible qualité. Les fibres d'écorce trouvent leur application dans les papiers spéciaux à forte valeur ajoutée et fort profit : les marchés de niche sont concernés. Les prix des pâtes de spécialité varient de 2000$ à 4000$ la tonne alors qu'une pâte de résineux vaut généralement moins de 1000$ par tonne. Il est donc important de prendre en considération l'usage des fibres. Cette situation est encore plus prononcée avec le chanvre car il a peu de fibres d'écorce et ses fibres de cœur sont considérées comme étant de qualité inférieure à celles du kenaf.
C'est pourquoi, dans cette partie, notre étude se focalise sur le kenaf et la paille de céréales.
Résidus agricoles - Paille de céréales
La technologie du pulpeur à haut rendement horizontal en continu réduit le
temps de cuisson : 10 à 12 minutes au lieu de 2 à 4 heures avec un pulpeur en batch.
Différents rendements de pâte peuvent être atteints en fonction des propriétés souhaitées.
Outre cet investissement technique, le système d'alimentation en matières premières doit
être revu, notamment au niveau du stockage : taille, type de matières premières, risque
d'incendies.
Le problème de ce type d'usine de pâte vient de l'alimentation en matières premières : la faible densité de la paille de céréales entraîne un transport inefficace et des problèmes de stockage. La capacité maximale est d'environ 110 000 tonne/an pour des résidus agricoles autres que la bagasse en considérant un transport rentable. Ce problème économique est en partie résolu par les nouvelles techniques agricoles comme les ballots denses.
Culture - Kenaf
Pâte chimique
| Feuillus | Résineux | Kenaf fibres d'écorce |
Kenaf fibres de cœur |
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| Coût des fibres US$ | 118 | 149 | 161 | 162 |
| Coût de l'énergie et des produits chimiques US$ | 130 | 139 | 181 | 193 |
| Coût de l'emploi US$ | 37 | 40 | 90 | 90 |
| Total | 289 | 328 | 387 | 446 |
Tableau 11 - Coûts en US$ de la mise en pâte du kenaf et du bois
L'écorce de kenaf est compétitive face aux résineux, avec un prix supérieur de 12% seulement. Toutefois, une meilleure résistance à la traction et à la déchirure permet aux papetiers d'effacer ces coûts additionnels.
Pâte mécanique
Utiliser une pâte mécanique de plantes annuelles a un coût qu'il est important de chiffrer.
Une
industrie en pleine croissance
Les plantes annuelles
ont été à la base de l'activité papetière durant des siècles avant d'être supplantées
par le bois au début du XXe siècle. Depuis lors,
la situation a bien changé. La figure ci-dessous montre l'évolution de l'utilisation
des plantes annuelles et du bois au cours des trois dernières décennies [Figure
3]. Les plantes annuelles n'ont qu'une place restreinte (10% environ) ; néanmoins,
leur usage s'accroît de façon continue. Cette évolution reste actuellement dans ces
ordres de grandeur.
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Figure 3 - Évolution mondiale de l'usage
des plantes annuelles et du bois en papeterie Source : Hurter R.W. Will nonwoods become an important fiber resource for North America ? World Wood Summit, Chicago (IL), 1998 Conservatree - What is the availability of tree-free pulping facilities, and future outlook? |
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D'un point de vue quantitatif, en 1991, 16,5 millions de m3 de fibres de plantes annuelles ont été utilisés dans le secteur papetier, soit 10% de l'alimentation totale en fibres vierges ou encore 6% de l'alimentation totale en fibres. Ces fibres permettent d'obtenir des papiers de spécialité, marché de niche en plein développement. Par ailleurs, ajouter des plantes annuelles dans une pâte à papier lui confère des qualités et propriétés nouvelles. Elles trouvent des applications diverses : papier cigarette, carton, papier filtre, papier sulfurisé, etc. (Cf. annexe) Au niveau mondial, de grandes quantités de fibres de plantes annuelles sont consommées en papeterie – une consommation en augmentation – pour des secteurs divers.
Une nécessaire adaptation à la biodiversité locale
Sur le plan géographique, cette consommation est hétérogène. Le tableau
ci-dessous indique la production de fibres de plantes annuelles par pays en 1998
[Tableau 12].
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Tableau 12 - Production des fibres issues
de plantes annuelles par pays en 1998 Source : Pande H. Les fibres non ligneuses et l'offre mondiale de fibres. Unasylva, 1998, vol.49, n°193 |
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Figure 4 - Répartition mondiale de la
capacité de production de pâte à partir de fibres non bois 1998 Source : Conservatree - What is the availability of tree-free pulping facilities, and future outlook? |
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La Chine est le principal pays producteur de fibres de plantes annuelles [Figure 4]. Avec une consommation de papier d'à peine 20 kg par habitant et un accès limité aux ressources forestières, les fibres végétales sont une source importante de matières premières pour l'industrie papetière chinoise. Le pays s'est d'ailleurs doté de nombreuses usines de fabrication de pâte à partir de plantes annuelles. Bien implantée en Asie, l'industrie des plantes annuelles est moins présente sur le continent américain, mieux pourvu en matières premières issues de la forêt. C'est pourquoi des projets impliquant les plantes annuelles sont lancés en Asie (par exemple, par UPM et Chempolis).
Cette disparité mondiale des industries s'explique donc par l'accès inégal aux matières premières. L'intérêt des résidus agricoles, comme la paille de blé, a été mis en évidence précédemment. Or, la paille de blé étant produite de façon inégale dans le monde, les papeteries ont plus ou moins de facilité à s'installer. À titre d'exemple, comparons dans les figures ci-dessous les productions de ces matières premières grâce aux statistiques de l'Organisation des Nations Unies pour l'alimentation et l'agriculture (FAO) : il y a de grandes disparités dans les productions de blé dans le monde [Figures 5 à 11].
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Figure 5 - Production de blé en Afrique
en millions de tonnes Source : FAO - Agro-MAPS |
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Figure 6 - Production de blé au Moyen
Orient en millions de tonnes Source : FAO - Agro-MAPS |
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Figure 7 - Production de blé en Amérique
du Nord en millions de tonnes Source : FAO - Agro-MAPS |
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Figure 8 - Production de blé en Asie en millions de tonnes Source : FAO - Agro-MAPS |
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Figure 9 - Production de blé en Europe en millions de tonnes Source : FAO - Agro-MAPS |
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Figure 10 - Production de blé en Océanie en millions de tonnes Source : FAO - Agro-MAPS |
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Figure 11 - Production de blé en Amérique
du Sud en millions de tonnes Source : FAO - Agro-MAPS |
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Le constat est clair : les plantes annuelles ne sont pas équitablement produites dans le monde. Il en ressort que la papeterie doit s'adapter à la biodiversité locale.
Des acteurs de faible envergure
En général, les usines produisant de la pâte à papier à base de fibres végétales sont de petite taille, avec une production allant de 10 à 100 ktonnes par an. Une production qui ne fait pas le poids face aux 300 à 500ktonnes par an d'une usine Kraft moderne. De plus, l'exploitation des résidus agricoles met une forte contrainte sur ces usines en limitant, à cause du coût du transport, la production de pâte à une centaine de milliers de tonnes par an.
Ces petites usines, souvent vieilles, sont souvent installées dans des pays en voie de développement et présentent des inconvénients majeurs :
Des projet de grande envergure ont été tentés, notamment dans des pays occidentaux avec peu de succès la plupart du temps. À titre d'exemples, trois projets américains et un projet anglais :
La concurrence du bois rend difficile l'émergence de grands projets industriels fondés sur les plantes annuelles. Il y a donc principalement de petites productions locales.
Ce sont le plus souvent des pays en voie de développement : la Chine, le Brésil ou encore l'Inde. Elles sont produites par des agriculteurs regroupés en coopératives, telles que Prerna Syntex en Inde, vendent les fibres aux usines de pâte à papier. Ces coopératives jouent un rôle important puisqu'elles peuvent faire varier la qualité ou le prix des fibres pour obtenir un profit plus ou moins important.
Les fibres de plantes annuelles sont vendues aux industries papetières (par exemple le groupe Bolloré, Cascades ou Arjowiggins) qui définissent les exigences liées aux plantes annuelles. Elles peuvent aussi être vendues aux bioraffineries ou encore à l'industrie textile.
Le papier quant à lui est vendu aux imprimeurs et aux transformateurs ou bien directement aux utilisateurs finaux via les circuits de la grande distribution.
Le papier fabriqué avec des plantes annuelles est concurrencé par d'autres matériaux :
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| Figure 12 - Dynamique concurrentielle des plantes annuelles en papeterie représentée par le diagramme de Porter | ||
| Forces | Faiblesses |
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| Opportunités | Menaces |
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L’utilisation de plantes annuelles dans la fabrication de la pâte à papier ne semble en être qu’à son renouveau. En premier lieu, il semble important de favoriser la recherche & développement, d'étendre la culture de ces plantes – cela implique de trouver d'autres débouchés que la papeterie – et enfin, d'accroître les applications industrielles principalement en Chine où ce secteur est dynamique.
Facteurs de développement par ordre d'importance :
Variables essentielles pouvant influer sur l’émergence des plantes annuelles dans le procédé papetier :
Il y a de nombreux freins, notamment financiers, à l’accès des plantes annuelles sur le marché. Malgré tout, des projets scientifiques ou industriels sont lancés dans le domaine des plantes annuelles et les mentalités évoluent. Ces évolutions favorisent l'apparition de nouveaux produits et de marchés de niche.
Dans vingt ans, quelle sera la situation du marché des pâtes à papier utilisant des plantes annuelles ? Trois scénarios peuvent être établis. Le premier scénario semble possible : il se fonde sur l'extrapolation des données actuellement disponibles, notamment des statistiques de la FAO. Le second est plus optimiste : il s'appuie sur la réalisation de certains objectifs techniques et environnementaux. Le dernier scénario est quant à lui pessimiste : il suppose la stagnation de l'utilisation des plantes annuelles comme cela s'est déjà passé dans certains pays.
La zone Asie-Pacifique double sa consommation de plantes annuelles
car celle des papiers et cartons augmente et les ressources en bois sont limitées.
La Chine et l'Inde, les deux plus grands producteurs de pâte issue de plantes
annuelles, mènent la tendance. Leurs produits finis s'imposent dans nos sociétés
car l'utilisation des fibres végétales rencontrent les faveurs des consommateurs :
ces derniers rejettent le plastique et lui préfèrent les produits naturels, issus
de la biomasse. Il en résulte une demande croissante de plantes annuelles.
Dans les autres régions du monde, la consommation de plantes annuelles est stable,
les habitudes n'ont pas changé. Le pourcentage de papiers et cartons comprenant
ces matières végétales n'évolue pas. Cependant, le secteur énergétique s'intéresse
à cette biomasse disponible, ce qui stimule le développement des techniques de culture
et le lancement d'études scientifiques et économiques. Concurrencée par d'autres
matériaux, l'industrie du papier tend de plus en plus à recourir à ces plantes
annuelles afin de subvenir aux besoins de certains marchés de niche.
Le développement du continent asiatique conduit les pays occidentaux, grands producteurs de papiers et cartons, à exporter leurs productions et leurs habitudes. Or, en raison de son histoire et de ses faibles ressources forestières, l'Asie utilise d'importantes quantités de plantes annuelles et élève leur culture à un niveau industriel. Les conséquences sur le secteur du papier se font sentir : les techniques de mise en pâte et de fabrication du papier carton sont améliorées. Les constructeurs vendent désormais des machines à très forte production, basées sur l'emploi des fibres végétales. Des recherches dans le domaine génétique permettent d'accroître la qualité des plantes. Les autres pays du monde suivent la tendance. Le public, jusque là défavorable au papier, change d'opinion : ce matériau est reconnu comme étant fiable, peu onéreux, écologique et recyclable, au point de dénigrer l'utilisation du plastique considéré comme pas assez "vert". L'attrait pour le papier n'a jamais été aussi important. Les contraintes environnementales poussent à affiner au maximum les productions et les exploitations.
La composition du papier est à présent basée sur des assortiments de fibres. Ses nouvelles caractéristiques lui permettent de reprendre des marchés abandonnés par d'autres matériaux
L'utilisation des fibres de plantes annuelles ne réussit pas à
s'imposer dans la fabrication de la pâte à papier. En Asie, les cultures
souffrent de leur dispersion et de leur mauvaise organisation. Les cours de la
pâte fluctuent énormément. Les contraintes techniques pesant sur les usines ne
sont pas résolues. D'autres matériaux sont préférés au papier comme le plastique
ou encore le non-tissé qui fait un véritable raz-de-marée sur les marchés.
En Europe, en dépit des efforts des partisans des plantes annuelles, la
consommation ne décolle pas. Contraintes environnementales et essoufflement des
marchés réduisent les investissements et freinent la R&D. Les questions climatiques
et énergétiques préoccupent davantage que de savoir qui du papier à base de bois
ou du papier à base de plantes annuelles, est le plus écologique. Ne présentant
pas d'enjeux importants, l'utilisation des plantes annuelles est anecdotique,
excepté en Asie.
Le sujet des plantes annuelles en papeterie est vaste et diversifié. Ainsi, certains végétaux ont des fibres qui servent en masse car elles coûtent moins cher que celles du bois. D'autres apportent des fibres utilisées en faible quantité comme renfort afin de conférer à la pâte des propriétés physiques intéressantes. D'autres encore offrent les deux types de fibres, de masse et de renfort. Enfin, des plantes produisent des fibres de cellulose quasi-pure tandis que d'autres présentent des taux de silice difficiles à gérer au niveau papetier.
Cette étude sur l'utilisation des plantes annuelles dans la fabrication de la pâte à papier n'est bien entendu pas exhaustive. Cette approche nous montre à quel point ces fibres végétales doivent apporter des avantages décisifs justifiant leur usage à grande échelle. Une telle transition dans le secteur du papier pose suscite de nombreuses difficultés. Nous avons recouru à l'analyse stratégique afin de donner une idée de ces problèmes et des contraintes du marché. Des informations récoltées, nous avons déduit des scénarios pour l'avenir : quelque soit le cas de figure envisagé, les plantes annuelles garderont un rôle dans le monde papetier.
Visant à donner quelques éléments de connaissance, ce mémoire n'aborde qu'une petite partie de ce sujet passionnant. Ainsi, d'autres végétaux, comme les plantes poussant naturellement (par exemple, le bambou), pourraient également être étudiés.
| Energy varieties of sugar cane as novel source of fiber for the cellulose and paper industry. | Appita Journal, septembre 2008, vol.61, n°5, p.402-407 | |||
| UPM et Chempolis lancent une nouvelle technologie. | La Lettre du Papier, 15 janvier 2008, n°256, p.2 | |||
| Trentesaux Y. | Nouvelle matière première. | Pap’Argus, 16 octobre 2008, n° 237, p.14. | ||
| Reguant J., Rinaudo M. | Étude bibliographique sur les matériaux issus de la biomasse végétale. 01/09/98 - 31/05/99 | CERMAV-CNRS, Grenoble Disponible sur : http://www.cermav.cnrs.fr/etat_art/revue_mater_issus_biomasse.pdf |
||
| Mathieu X., Salgueiro L. | Le chanvre dans l'industrie papetière | Cerig, mémoire, 2005 Disponible sur : http://cerig.efpg.inpg.fr/memoire/2005/chanvre-papeterie.htm |
||
| Saijonkari-Pahkala K. | Non-wood plants as raw material for pulp and paper. | Faculty of Agriculture and Forestry, University of Helsinki,
novembre 2001 Disponible sur : http://ethesis.helsinki.fi/julkaisut/maa/sbiol/vk/saijonkari-pahkala/nonwoodp.pdf |
||
| Ganapathy P.M. | Asia-Pacific forestry sector outlook study: sources of non wood fibre for paper, board and panels production - Status, trends and prospects for India. | Food and Agriculture Organization of the United Nations, août
1997 Disponible sur : http://www.fao.org/DOCREP/W7703E/W7703E00.HTM |
||
| Hurter R.W. | Nonwood plant fiber uses in papermaking. | Paperonweb Disponible sur : http://www.paperonweb.com/Articles/plant_fiber_uses.pdf |
||
| Jahan M.S., Gunter B.G., Ataur Rahman A.F.M. | Substituting wood with nonwood fibers in papermaking: a win-win solution for Bangladesh. | BDRWPS Working Paper, janvier 2009, n°4 Social Science Research Network Disponible sur : http://papers.ssrn.com/sol3/papers.cfm?abstract_id=1322292 |
||
| What is the availability of tree-free pulping facilities, and future outlook? | Conservatree - Paper Listening Study Disponible sur : http://www.conservatree.org/paperlisteningstudy/TreeFree/question44.html |
|||
| Pande H. | Les fibres non ligneuses et l'offre mondiale de fibres. | Unasylva, 1998, vol.49, n°193 Disponible sur : http://www.fao.org/docrep/w7990f/w7990f00.htm |
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